[Film] La Rue de la honte – Kenji Mizoguchi

La Maison de la culture du Japon à Paris propose en ce moment un cycle sur les films de Kenji Mizoguchi, souvent décrit comme le plus important réalisateur japonais. Cet article est donc consacré à La Rue de la honte (Akasen chitai), réalisé en 1956, l’année de sa mort.

La Rue de la honte

Résumé

Tokyo dans les années 50. La légalité de la prostitution est de nouveau mise sur la table au parlement. Le Pays des Rêves, une maison du quartier des plaisirs Yoshiwara, traverse cette crise qui pourrait annoncer sa fin. Nous suivons ainsi plusieurs courtisanes qui possèdent toute des histoires bien à elles.

Yumeko ne voit plus son fils depuis qu’elle travaille à Tokyo ; Yasumi est une fille rusée qui cherche à économiser le plus possible pour sortir de cette condition ; Hanae doit travailler pour pouvoir nourrir son bébé et son mari malade ; et Mickey est la petite nouvelle, jeune et jolie, qui a fugué et compte s’amuser le plus possible.

Rue de la honte 1

Mickey au centre, une jeune fille sûre d’elle, cynique, et pessimiste.

Ces femmes qui vivent sous le même toit vont vite faire des étincelles. Certaines prêtent, et d’autres s’endettent. Vols de clients ou aides pour une nouvelle vie, discussions frivoles ou politiques : le tour est fait du point de vue singulier de ces prostituées.

Critique

La musique est plutôt originale : l’orchestre est composée d’instruments divers qui jouent de manière étonnante, notamment avec de long glissés aux cordes. Elle a cependant une place minime dans le film, et n’intervient qu’en de rares occasions.

Cette première constatation nous laisse présager que ce seront les dialogues qui seront mis en avant, et c’est bien le cas ! La richesse des échanges est très agréable : de nombreux passages sont comiques, et d’autres d’une violence cynique.

Rue de la honte 4

Yasumi est connue pour être une fine experte quant il s’agit de détrousser ses clients. Ses méthodes laissent souvent le spectateur amusé.

La réalisation du film est majestueuse, et elle rend hommage à la carrière de Kenji Mizoguchi : on peut voir que l’étendu de ses talents y sont résumés, alors que le scénario ne laisse aucune place à de quelconques prouesses techniques. La clé réside dans des plans longs, construits de telle sorte qu’un plan contient une scène, mais sans pour autant paraître statique. Des intervenants vont et viennent, une multitude de changements se produisent à l’écran, donnant à eux seuls l’illusion d’un mouvement puissant, alors que la caméra reste fixe.

Rue de la honte 3

Enfin, le sujet de la prostitution japonaise est un point qu’il est facile d’aborder quand on s’intéresse à la culture japonaise. La loi dont il est question dans le film pourrait faire référence au décret passé en 1956 qui interdit à quiconque de se prostituer, ou d’être un client. Malgré ce décret, encore aujourd’hui, la prostitution reste plus ou moins légale, et possède une place importante pour beaucoup de japonais.

13% de la population affirme y avoir déjà eu recours sous une certaine forme, contre 1% en France. Le marché constitue la part énorme de 1% du PIB japonais. D’autre part, de nombreux romanciers s’intéressent à ce sujet, citons par exemple Haruki Murakami dans Kafka sur le rivage, ou bien Morita Ryuji dans Les Fruits de Shinjuku.

Conclusion

Une démonstration des talents d’un réalisateur hors du commun. Kenji Mizoguchi parvient à conter une histoire politique difficile sur un ton tantôt enjoué, tantôt profond. Le casting est parfait, et chaque jeune femme permet de mieux comprendre l’enjeu d’une loi interdisant la prostitution.

Rue de la honte 2

Ayako Wakao est bluffante dans le rôle de Yasumi.

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