[Politique] Novembre 2012

Les élections vont avoir lieu : le pouvoir pourrait changer de camp. Mais quels seront les principaux acteurs de la campagne : les deux géants du PDJ et du PDL, ou les petits partis souvent nationalistes et populistes ?
Enfin, on en apprendra plus sur des victimes spéciales de Fukushima.

Une tragédie qui continue de faire des ravages.

Du dévouement au calcul

Yoshihiko Noda, premier ministre, et leader du Parti Démocrate Japonais a appelé à la dissolution de l’assemblée le 16 Novembre. Les élections auront donc lieu dans un mois.
Les raisons pourraient nous rendre grisés d’admiration : privilégiant le sort du Japon à celui de son parti, M. Noda a donc décidé de permettre le vote du budget qui sauvera les finances de l’Etat, et d’améliorer le découpage électoral, en échange de ces nouvelles élections avec le parti adverse, le DPL.

Une décision difficile

Les dissensions internes sont nombreuses ; pour beaucoup, il aurait fallu attendre que le leader de l’opposition, Shinzo Abe, chute dans les sondages avant d’engager un tel combat politique. Ce n’est pas la première fois que le premier ministre s’oppose à son parti : il l’avait déjà fait concernant la taxe sur la consommation. Même si en se plaçant en faveur d’un accord bilatéral d’échanges commerciaux avec les Etats-Unis il s’est accordé l’aval de la moitié des japonais, ce sont pas les plus bruyants.
Cependant, une autre manière d’expliquer cette décision la rend plus subtile. Le premier ministre aurait décidé d’empêcher Toru Hashimoto de monter une coalition valable en précipitant ainsi les élections ; de plus, Shinzo Abe et son parti viennent tout juste d’être remis sur pied. Sans compté que la moitié des japonais qui ont soutenu le nouveau projet de libre échange avec les USA pourrait s’organiser autour de M. Noda.

Que la valse commence !

Une des caractéristique essentielle du Parti Libéral Japonais, c’est que ce n’est même pas un réel parti. Composé d’autant de factions que d’égos, il a longtemps fonctionné en roue libre. Aujourd’hui encore, après l’annonce des élections prochaines, l’histoire se répète.
Des mouvements comme Restauration, Soleil Levant, ou Renaissance prennent vie, se disputant les 50% de votants qui s’opposent aux lignes directrices du PLJ et du PDJ. Ainsi, Shintaro Ishihara s’est récemment allié à Toru Hashimoto pour former un parti nationaliste aux politiques empruntées de tous bords.

ishiara shintaro

Shintaro Ishihara, gouverneur de Tokyo. L’homme qui a tenté de nationalisé personnellement les îles Senkakus, manquant de peu de déclencher un incident diplomatique sans précédent.

Depuis l’annonce de M. Noda, sa popularité augmente, alors que celle de M. Abe diminue, mais une grande partie des japonais refusent encore de voter pour l’un ou l’autre. Des vagues de politiciens en profitent pour s’identifier à M. Ishihara, qui continue de provoquer de la Chine, en prônant un retour à l’armement (y compris nucléaire), et en niant les crimes de guerres commis, comme le massacre de Nanjing en 1937.
Comment, dès lors, prédire les résultats ? La seule certitude est que le panorama politique se verra translaté sur la droite.

Les héros honnis

Masao Yoshida était le responsable de la centrale lors des événements de mars 2011 à Fukushima Dai-ichi : il rapproche maintenant cette situation de Iwo Jima, une île du Pacifique que les japonais défendaient corps et âmes alors qu’elle était condamnée à être prise par les américains.

Sacrifice

Cinquante hommes sont restés sur place pendant la catastrophe pour essayer de résoudre les divers problèmes qui s’y sont enchaînés. Mais là où le bas blesse, c’est qu’aucun d’entre eux n’est considéré comme un héros. Bien au contraire.
En Octobre, alors que Yoshihiko Noda les faisait venir pour les remercier d’avoir « sauver le Japon », les trois quarts ont caché leur visage aux objectifs. Le premier ministre a expliqué que dans un premier temps, la sécurité de 6000 personnes étaient en jeu. Après la première nuit pendant laquelle on pensait avoir sécurisé les réacteurs, la situation pouvait encore s’arranger. Mais s’en est suivi des explosions qui ont eu des conséquences dramatiques, notamment le 14 et 15 mars. C’est alors que toute la zone a été mise en mouvement : aujourd’hui, 100 000 personnes ont été déplacées, et ne sont pas retournées dans leur foyer.

Des vies bouleversées par le séisme. Des dizaines de milliers de foyers n’ont pas retrouvé le leur.

M. Yoshizawa était aux commandes des réparations : il explique qu’il n’y avait tout simplement pas le temps de réfléchir. Séismes, répliques, tsunami, explosions dues à l’hydrogène instable des centrales, taux de radiations élevés. « Je n’avais pas l’intention de mourir. Tout le monde faisait de son mieux, car mourir aurait été comme abandonner. »
Ce sens du devoir n’explique pas seul le dévouement des « Fukushima 50 ». La majorité vivait avec leur famille très proche des centrales, et beaucoup travaillaient ensemble depuis plusieurs années, ce qui leur permettait de tenir.

fukushima héros

Une volonté de fer

Mais Yoshizawa en tremble encore d’émotions quand il explique que ces hommes se battaient à corps perdu pour leur village et qu’à présent, les japonais les considèrent comme des criminels. Ce même phénomène existe pour les soldats défaits de la Seconde Guerre Mondiale. Au lieu d’être des héros, ils sont stigmatisés pour avoir failli à leur mission. Pour beaucoup d’employés, l’échec de TEPCO (l’EDF japonais) et de ses centrales est entièrement partagé, et ce volontairement. Mais cet effet ne perdure pas quand on monte dans la hiérarchie : c’est au bout d’un an et demi que TEPCO a admis avoir sous-évalué les risques à Fukushima.

Conclusion

Alors que le PDL est en émoi depuis l’arrivée de Shinzo Abe, La décision du premier ministre a de nouveau secoué l’échiquier politique japonais.
De l’autre côté, le désastre de Fukushima n’est toujours pas du passé, et on en apprend un peu plus sur les mentalités japonaise.

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