[Politique] Avril 2013

Un mois particulièrement dense en événements ! On commencera par une description de la force du secteur tertiaire japonais: les agriculteurs. Puis on constatera que la politique énergétique japonaise n’est pas prête d’être revitalisée. En dernier lieu, on abordera le problème d’un nouvel incident diplomatique.

Earthquake and Tsunami damage-Fukushima Dai Ichi Power Plant, Ja

Souhaitons nous vraiment réitérer cette expérience ?

Le pouvoir des fermiers

Héritage de longue date, la culture du riz a façonné la culture japonaise et son identité. Les fermiers ont su s’adapter au relief difficile souvent montagneux, et le riz est aujourd’hui l’exception culturelle du Japon.

La gestion des fermiers est cependant mise en doute. Deux tiers travaillent en réalité à mi-temps, souvent à côté d’une seconde activité professionnelle, ou pour arrondir les retraites. En effet, la moyenne d’âge des fermiers est incroyablement haute : 70 ans.

famille fermiers japon

Un mythe.

Cette part énorme d’emplois à mi-temps entraîne une baisse de la productivité, surtout quand on la compare au travail de fermiers modèles. Ceux-ci arrosent leur rizières toute la journée, et pas seulement le soir. Maintenir un impôt à 777% sur le riz extérieur encourage cependant à pratiquer une telle activité secondaire, car les ventes internes sont assurées à des prix très élevés. Cette situation dérange nécessairement les consommateurs.

Mais pas la force du nombre, l’AJ – Agriculture Japonaise – est devenu le lobby le plus puissant du pays. Aujourd’hui, c’est donc l’obstacle le plus imposant à la politique libérale de Shinzo Abe qui souhaite entrer dans le TPP (accord de libre échange avec le continent américain). L’AJ se targue d’être le produit d’une histoire culturelle unique : après la Seconde Guerre Mondiale, une redistribution avait eu lieu, laissant à de nombreuses familles une petite terre à cultiver. Une solution au fait que les terres étaient auparavant centralisées autour d’un noyau de propriétaire.

Japan - Agriculture - Tea Field

Les japonais ont su adopté très vite une culture en terrasses pour pallier des reliefs aux premières abords hostiles à l’agriculture.

Mais le gouvernement n’avait jamais eu l’intention que cette situation perdure: l’objectif était de créer une sélection des meilleurs fermiers qui rachèteraient les terrains à leur voisin. L’ennui vint avec l’éclatement de la bulle immobilière dans les années 90, qui encouragea la population à continuer cette activité, maintenue lucrative par les taxes sur les importations.

Le retour prématuré de l’énergie nucléaire

Après le tsunami de 2011, le DPJ, parti à la gauche du gouvernement actuel, avait promis de sortir le pays du nucléaire d’ici 2040. Il était rapidement revenu sur ses paroles, mais 50 réacteurs furent maintenus éteints.

L’arrivée de M. Abe, nouveau premier ministre bouleverse maintenant ce status quo : le gouvernement a décidé de rouvrir les réacteurs après leur avoir fait passer un test de sécurité. Les lobbys du nucléaire jubilent.

Shinzo Abe nucléaire

Shinzo Abe en train de tenter d’arracher l’étiquette de son nom après s’être rendu compte qu’un caractère était mal écris.
Zone contaminée de Fukushima Dai-Ichi.

Ce qui inquiète le plus, ce sont les incidents qui se sont produits en mars 2013 : un incident électrique a empêché le refroidissement de réacteurs encore en marche pendant plusieurs heures: un rat avait simplement rongé un cable. Puis en avril, on a constaté la fuite dans les nappes souterraines d’éléments radioactifs due a une valve trouée. L’Agence de l’Energie Nucléaire, un corps des nations unies, mène l’enquête depuis le 15 avril, mais ces problèmes montrent que le Japon n’est pas prêt à revenir au nucléaire.

70% de la population pense d’ailleurs que le pays devrait toujours sortir du nucléaire ou au moins éteindre tous ces réacteurs. Mais la situation économique force le gouvernement à continuer dans la même voie. De plus, la solution actuelle d’inflation forcée pour booster les exportations risque d’augmenter le prix des importations actuelles comme le pétrole et le gaz. En effet, la politique économique nippone est depuis peu basée sur la disparition de la déflation, et sur la prise de risque des placements pour les entreprises (au moyen de taxes élevées sur les réserves). « Si c’était possible, tout le monde voudrait sortir du nucléaire, mais les japonais sont réalistes » affirme le parti en place.

nucléaire japon manifestation

Qu’est-ce qu’être réaliste ?

Un tourisme dangereux

Un rendez-vous entre les deux ministres des affaires étrangères sud-coréen et japonais était prévu cette semaine. Mais Yun Byung-se l’a annulé après que Taro Aso, le ministre des finances japonais ait visité le temple Yasukuni, qui abrite les esprits des deux millions de soldats japonais morts pendant la guerre, y compris les criminels de guerre.

Pour les voisins du Japon, cet acte symbolise un manque cruel de sensibilité et de repentance: la Chine a suivi la Corée du Sud dans la condamnation d’une telle visite. Le Japon paraît ainsi insensible au pire moment: les USA ont prié le Japon de faire des efforts avec le sud pour couvrir les arrières en cas de conflits avec la Corée du Nord, et la Chine convoite toujours les Diaoyus.

yasukuni

M. Taro Aso pourrait bien regretter sa dévotion à ses ancêtres si la situation s’envenime. Le Yasukuni reste un lieu délicat à fréquenter pour les politiques de Tokyo.

Que la visite de M. Aso soit d’ordre privée ou non, elle annonce peut être pire: la visite de Shinzo Abe lui même lors de l’anniversaire de la fin de la guerre, le 15 août. Un tel mouvement briserait l’accord tacite entre la Chine et le Japon qui permet de conserver des relations cordiales.

Du point de vue de l’opposition japonaise, ceci démontre simplement l’arrogance du premier ministre, et on lui reproche l’absence d’excuses officielles. D’autres espèrent que tout sera fait pour transformé le Yasukuni en un lieu de prières aux soldats légitime, où les criminels de guerre n’auront plus leur place.

prières japon temple

Les japonais n’ont pas de religion officielle, mais dévouent régulièrement leur temps à divers rituels boudhistes et shintoïstes.

Conclusion

De l’agriculture à la diplomatie en passant par l’énergie, le Japon doit maintenant prendre la situation en main et proposer des solutions viables. Mais les ennuis qui l’assaillent sont finalement souvent des problèmes de fond qu’il est difficile d’écarter d’un geste.

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